dimanche 20 janvier 2013

PAS TRÈS NORMALES ACTIVITÉS

1h24 - Sortie le 30 janvier 2013

Un film de Maurice Barthélémy avec Norman Thavaud, Stefi Celma et Rufus
Une maison isolée, un jeune couple, un vidéaste pervers, un muet. Le tout donnant lieu à des activités normales... mais pas très !

La Moyenne des Ours : 2,75/5

La pensée de Juani : 2,5/5
J'ai passé une très bonne soirée (nous étions à l'avant-première à Bercy), mais le film en lui même n'a rien d'extraordinaire. Le délire avec les "cochons fantômes" comme Maurice Barthélémy aime l'évoquer, est original, et pas évident à défendre et il s'en sort pas trop mal (il existe une certaine "cohérence" dans le scénario malgré l'assemblage de références, parodies et délires illustrés), mais je ne dois pas être "dans le délire". C'est le genre de projet on il est bon de participer, on sent la bonne ambiance, mais pour les "outsider" c'est moins drôle...Selon moi, le film cible essentiellement les ados (ou grand enfants comme mes collègues Ours) qui sont fans de Norman, Jérôme, Cyprien et compagnie... Donc c'est parfois amusant, mais je ne conseillerai personne d'acheter un ticket pour ce film (sauf aux fans).

Le point de vue de Pépite : 3/5
Commençant comme une énième parodie du film d'horreur à succès Paranomal Activity de Oren Peli, Pas très normales activités s'en détache finalement assez vite pour devenir une comédie loufoque et absurde assez sympathique.
Finalement, le film qui semblait une simple opération de communication simple et efficace (prendre le podcaster français le plus célèbre de Youtube, Norman "fait des vidéos" Thavaud et le balancer à l'écran tel quel), est plus élaboré que ça ! C'est la réunion de deux univers : l'humour absurde (et très anglais !) de Maurice Barthélémy (un des "cerveaux" de la très créative troupe des Robins des Bois) et l'humour décalé et "jeun's" de Norman. Ces deux univers sont très proches et on comprend assez vite que les deux énergumènes se sont bien trouvés : sans être pliés non stop, on est tout de même en proie à de nombreuses crises de rire. Les dialogues de Barthélémy sonnent très bien dans la bouche de Norman (mais également dans celle de Stefi Celma, qui étonne dans ce registre !).
Alors oui, c'est bête, oui c'est simple, oui y'a de l'humour de "Parisien s'exilant à la campagne et qui a peur des péquenauds", mais ça fonctionne plutôt bien ! Le tout ne se prend pas au sérieux et c'est tant mieux : ici pas de prise de tête, on s'amuse avec Maurice Barthélémy, Norman Thavaud, Stefi Celma et Rufus (excellent second rôle, très atypique), et puis c'est tout. Fun, fun, fun.

Le Mot du Comte : 2,5/5
"Pas très normales activités" est un film absurde, parfois drôle, parfois moins, et qui ne se prend pas au sérieux. C'est sa principale qualité, mais aussi son principal défaut. On ne sait pas bien où l'on va et on finit par se dire : c'était fun, et c'est tout.
L'histoire (un peu maigre hélas, il y a plusieurs moments de creux) est complètement délirante et reprend les bases des films d'horreurs traditionnels : un couple dans une maison hostile est témoin de faits paranormaux. Certaines situations et gags sont réussies, jouant beaucoup sur l'asymétrie Paris/campagne profonde.
Le dispositif filmique reprend par conséquent celui de "Paranormal Activity" mais avec plus de souplesse et plus d'esthétisme (le niveau n'était, il faut dire, pas bien haut). Dans cette soupe de pixels assez ludique, Norman Thavaud reprend le personnage qu'il incarne dans ses podcasts et le transpose en milieu rural. Son vocable et sa gestuelle sont bien là, les fans ne seront pas déçus. Les autres, peut-être un peu plus. Sa performance n'est qu'une extension de ce qu'il a déjà fait sur YouTube, rien de bien nouveau. Malgré ce terrain connu, Thavaud ne manque pas de fraîcheur et le couple qu'il forme avec Stéfi Celma (qui s'en sort également bien) tient plutôt bien la route. 
Voici un film amusant, ludique, mais qui manque de fond (et peut-être, il faut le dire, de forme). Le spectateur aura bien compris que le but recherché n'était pas celui-là. Au final, "Pas très normales activités" se révèle être - qualité rare pour être soulignée, un film honnête.

L'Opinion de Tinette : 3/5
À en entendre parler j’avais peur… Du Barthélémy, avec Norman et une actrice totalement inconnue au bataillon... et puis finalement on passe quand même un bon moment. N’attendez pas une comédie extrêmement bien construite, mais mine de rien on rigole. L’ambiance est agréable, les personnages sont drôles malgré eux. Quelques répliques valent vraiment le coup… des petites choses à entendre quand plusieurs personnages parlent en même temps, ou en pleine scène "d’action", il y aura toujours une petite réplique qui vous fera au moins sourire. La lâcheté poussée de Blanc (le personnage principal masculin) est très drôle et amène toujours à des répliques drôles. Au contraire le personnage féminin essaye de prendre le dessus sur le couple, surtout quand le personnage de Barthelemy intervient.
Les acteurs sont crédibles dans l’ensemble (ce qui était loin d’être gagné !). Même dans certaines petites scènes d’émotion on les croit… Malheureusement il incarne le même personnage que celui de ses vidéos. On lui retrouve les même intonations de voix, les mêmes expressions, alors qu'il est peut être capable de plus ? Bizarrement j’ai eu plus de mal à adhérer au jeu de Stefi Celma que de celui de Norman.
On rigole mais ça ne suffit pas… Pour moi ça va trop "loin" dans la "connerie". Je veux bien que ce soit burlesque et un peu WTF, pas de soucis, mais là ça le devient au cours du film et je crois que c’est ça qui m’a dérangé. Si du début à la fin on se dit que le film ne tient pas debout, on l’accepte et le spectateur n’est pas déstabilisé... Tout d'un coup l’explication de ces effets pas très normaux débarquent comme ça au milieu du film, ce qui mène à des scènes complètement barrées qui du coup m’ont mise mal à l’aise. À voir si vous avez moins de trente ans et si vous êtes curieux...

mercredi 16 janvier 2013

SOMEBODY UP THERE LIKES ME

1h16 - Sortie le 23 Janvier 2013

Un film de Bob Byington avec Nick Offerman, Keith Poulson, Jess Weixler et Stephanie Hunt
Max ne prend pas une ride. Littéralement. Il glisse avec une égale nonchalance sur les vicissitudes de la vie, mariage, divorce, paternité, succès et banqueroutes. Sous l’œil perplexe de sa seconde femme Lyla et de son acolyte Sal, il trimballe à travers l’existence son éternelle jeunesse et une mystérieuse valise en plastique bleue.

Le point de vue de Pépite : 3/5
Bob Byington a créé avec Somebody up there likes me un monde à part : décalé, absurde et nihiliste. Le titre est d'ailleurs plutôt ironique, aucun des personnages n'ayant l'air porté vers une croyance quelconque envers un Dieu. C'est plutôt lié au côté "optimiste" du film, où les drames n'en ont jamais l'air. Tout est pris avec flegme et décalage. Notamment par le personnage principal, le "jeune éternel" Max (interprété avec brio par le musicien Keith Poulson, acteur non professionnel) qui vit décès, ruptures et échecs professionnels comme une tâche sur sa chemise toute neuve. Oh zut. Whatever.
Il y a un certain nombre de petites trouvailles savoureuses, typiques des films indépendants américains (je pense notamment à une scène où Max passe longuement ses mains sous un robinet "automatique" sans succès, qui fait écho pour moi à cette scène - coupée - du Garden State de Zach Braff où celui-ci passe devant une rangée de ces mêmes robinets automatiques, les activant tous en chaîne). Somebody up there likes me appartient à cette race de films décalés et déphasés, qui par leur côté absurde sont finalement beaucoup plus réalistes qu'un grand nombre de films. Une poésie particulière, nihiliste, se dégage de ce monde absurde, cynique et doux, dans lequel une valise contient de la lumière et permet de rester jeune éternellement... mais n'empêche pas la mort, qui n'est de toute façon pas un drame selon Bob Byington.

mardi 15 janvier 2013

ALCESTE À BICYCLETTE

1h44 - Sortie le 16 janvier 2013

Un film de Philippe Le Guay avec Fabrice Luchini, Lambert Wilson, etc.
Serge Tanneur, acteur au sommet, a quitté définitivement le monde du spectacle. La fatigue d’un métier où tout le monde trahit tout le monde. Désormais, il vit en ermite sur l’Île de Ré… Trois ans plus tard, Gauthier Valence, un acteur de télévision adulé des foules, débarque sur l’île. Il vient retrouver Serge pour lui proposer de jouer «Le Misanthrope» de Molière. Serge n’est-il pas devenu une pure incarnation du personnage d’Alceste ? Serge refuse tout net et confirme qu’il ne reviendra jamais sur scène. Pourtant, quelque chose en lui ne demande qu’à céder...

La Moyenne des Ours : 3,2/5

La pensée de Juani : 2,5/5
Ce film est une accumulation de petites scènes rigolotes et de moments lyriques (et oui, parce que du Molière énoncé par Luchini, c'est à la limite de la chanson). Il y a une grande contradiction entre ces types de séquences - et ce n’est pas grave - mais j'ai pas l'impression qu'il n'en découle grand chose... J’ai pas senti de cohésion dans ce film, la preuve, le montage un peu particulier (on trouve souvent que les fins de scènes sont parfois un tantinet trop longues, là c'est l'inverse), on a pas le temps de cerner l'essence d'une scène qu'elle est déjà découpée et loin derrière. Bref pas très emballée donc, malgré le fait que j'ai ris, surtout quand Philippe Le Guay place dans la bouche de Luchini des petites piques sur l'hypocrisie et l'égocentrisme des gens du milieu cinématographique.

Le point de vue de Pépite : 4/5
Alceste à bicyclette est un film français rafraichissant, d'où transparaît un plaisir du jeu et un plaisir du verbe avec un humour précis et intelligent dont les comédies françaises manquent souvent ces derniers temps.
Fabrice Luchini, qui a participé à l'idée originale, est excellent. Il cabotine, il gesticule, il exagère... il est tordant ! Lambert Wilson dans le rôle de l'acteur populaire est également très bon et tient tête avec humour à Luchini. Des séances de répétition transparaît une synergie incroyable : ils donnent vie au texte de Molière avec différents niveaux de lecture en rapport direct à l'histoire racontée mais également à la pratique du jeu. En effet, un grand nombre d'éléments caractéristiques du jeu, notamment du jeu théâtral classique, sont mis en scène : les allitérations, la manie de chercher une "background story" aux personnages, le lapsus, le trac et le trou de mémoire angoissant...
On pourrait regretter parfois que Philippe Le Guay semble se contenter de réaliser une captation de la performance du duo de comédiens, mais l'intelligence de l'écriture, le regard contemporain sur la pièce du Misanthrope ou même sur l'Île de Ré (décors et habitudes de l'île étant décortiqués avec humour) fait rapidement oublier ses quelques lourdeurs qui altèrent un peu le rythme.
Alceste à bicyclette gagne à être vu, et si vous êtes amateurs de films français, celui-ci en est un de qualité.

Le Mot du Comte : 3,5/5
"Alceste à Bicyclette" est un film très drôle. Ceux qui apprécient Fabrice Luchini seront ravis. Au top de sa forme, il livre ici la performance qu'on attend de lui, à travers un personnage reclus, bougon, désagréable, méchant mais parfois attachant. Le duo qu'il forme avec Lambert Wilson fonctionne très bien. Wilson, lui, surprend dans ce répertoire comique, et s'en sort très bien. Les décors et les costumes sont très bien travaillés et fonctionnent comme les extensions des personnages (la maison de Luchini et ses jolis murs decrepit, les costumes de Wilson).
En revanche, on peut reprocher au film son manque de souffle et son rythme, qui s'articule entre séquences de répétitions (de la pièce qu'ils préparent, Le Misanthrope) et scénèttes drôlatiques (balades à vélo, repas). Les séquences de répétitions sont parfois lourdes, de par leur côté "théâtre enregistré" (Le Guay pose sa caméra et se contente de filmer ses talentueux comédiens). 
L'assemblage ainsi obtenu est inégal, laissant parfois le spectateur sur le bord de la route, se demandant où il va. C'est dommage, car certains éléments narratifs sont bien préparés et bien orchestrés. Le Guay frôle de temps en temps le côté parisianiste et nombriliste (regard sur la province pas forcément flatteur, sauvé par le caractère empoté des deux parisiens immigrés) qu'on reproche tant à Pascal Bonitzer. La fin, amère et à contre-courant du reste du film, pourra en surprendre certains.
"Alceste à Bicyclette" est une comédie plaisante et franchement sympathique, mais qui souffre, hélas, d'un léger problème de structure.

dimanche 13 janvier 2013

UNE HISTOIRE D'AMOUR

1h20 - Sortie le 9 janvier 2013

Un film de Hélène Fillières avec Benoît Poelvoorde, Laetitia Casta, Richard Bohringer, etc.
Elle l’a rencontré un soir de printemps, elle est devenue sa maîtresse. Il lui a offert un revolver, elle une combinaison en latex. Imprudent, il lui a proposé un million de dollars. Insatiable, elle est venue lui rappeler ses promesses...

La Moyenne des Ours : 0,5/5

Le point de vue de Pépite : 0,5/5
On aura bien du mal à résumer de façon intéressante Une histoire d'amour, car celui-ci en effet ne raconte pas à proprement parler une histoire. Nous n'avons pas affaire à des personnages construits non plus, mais à des pantins peu caractérisés qui se débattent avec des phrases toutes faites concoctées par une scénariste égoïste dans ce faux-scénario. Égoïste oui, car si Hélène de Fillières (qui signe le scénario et la réalisation de cette adaptation hasardeuse) sait qui sont ses personnages, leur background, leurs désirs, etc., elle ne partage aucune information avec le commun des mortels qui essaie désespérément de devenir spectateur. Désespérément, c'est un peu faux, car on abandonne assez vite ces carcasses de personnages qu'on ne comprend pas et qu'on ne veut plus comprendre. Dommage, car on sent l'envie et le talent de Poelvoorde, mal servi par une histoire sans histoire, sans forme et sans relief. Les séances sadomaso des personnages ne sont alors même plus scandaleuses... Elles sont vides de sens.

Le Mot du Comte : 0,5/5
Que dire? Que dire si ce n'est qu'il n'y a ici aucun film. Aucun film, aucun personnage, aucune histoire. Anecdote. "Une histoire d'amour", titre mensonger (le pitch l'est aussi, méfiance!) puisqu'il n'y a absolument aucune trace d'amour dans ce film, s'approche, dans le meilleur des cas, du vidéoclip (nombreux sont les travellings sur la musique électro-jazzy d'Étienne Daho). La vacuité du scénario (un fait divers ne suffit parfois pas à faire un film) et des dialogues fait écho aux silences des acteurs, qui n'ont rien à se dire, et rien à faire. Le seul personnage véritable du film est un chat.
Filmé dans des décors froids et sans âme (un magazine de voiliers de luxe dégage plus de chaleur), le seul mérite de ce premier film est d'être plutôt joli : les amateurs de métal, de néons et de béton seront ravis. C'est bien triste. "Une histoire d'amour" ressemble a un accident, une excroissance vide du système de financement français et ne servira pas, hélas, en ces temps de remise en question par l'opinion, à le défendre.

THE MASTER

2h17 - Sortie le 9 janvier 2013

Un film de Paul Thomas Anderson avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, etc.
Freddie, un vétéran, revient en Californie après s’être battu dans le Pacifique. Alcoolique, il distille sa propre gnôle et contient difficilement la violence qu’il a en lui… Quand Freddie rencontre Lancaster Dodd – « le Maître », charismatique meneur d’un mouvement nommé la Cause, il tombe rapidement sous sa coupe...

La Moyenne des Ours : 3/5

Le point de vue de Pépite : 3,5/5
Paul Thomas Anderson est un grand réalisateur, Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman d'excellents comédiens, Jonny Greenwood un compositeur inspiré, Peter McNulty un très bon chef monteur et Mihai Malaimare Jr. un directeur de la photographie de talent, qui manie notamment le 70mm avec brio...
The Master a tout du chef d'oeuvre, et pourtant il n'accède pas à cet "état de grâce". Tout dans le film nous impressionne : de la mise en scène précise et virtuose de P.T. Anderson au jeu complètement fou de Phoenix (un grand malade !) en passant par l'ambiance qui résulte dans l'équilibre précis et délicat établi entre le montage, la photographie et la musique (atypique et parfaitement en phase avec le scénario et la mise en scène). Mais on en sort non complètement conquis. Quelque chose est resté bloqué en nous. La longueur du film tout d'abord, a pu entraîner de l'ennui. Il y a aussi le fait qu'on ne comprenne pas tout à fait les personnages qui nous sont donnés à voir. Et finalement, la fin reste un peu en travers de la gorge (à part deux répliques excellentes entrant en résonance avec le côté mystique du film). La forme aurait gagné à être un peu plus accompagnée d'émotion.

La pensée de Juani : 2/5
C'est sujet à débat mais je pense que ce film est pour les hommes. Plastiquement, il est très réussi : les surcadrages, les flous, la composition de l'image, les couleurs, c'est génial, on sent que tout est pensé - et croyez moi j'ai eu le temps de m’intéresser à tout ça, puisque j'étais à l'agonie : ce film est tellement lent. Heureusement j'ai été sauvée par un soucis technique, donc entracte ! - Bref, je dis "heureusement", oui, parce que tout ce que j'ai perçu du scénario c'est un alcoolique en manque de sexe qui s'acoquine à un prédicateur buté pour essayer de trouver ou retrouver un sens à sa vie.
Encore un film dont je sors en me disant que j'y ai rien ressenti. Ça a été pour moi un exercice d'analyse, ça n'a pas le moins du monde touché "ma corde sensible" pourtant je vous assure je ne suis pas sans-coeur, l'histoire d'un homme dévasté par son expérience de la guerre, devenu alcoolique... c'est potentiellement poignant !
Au final, j'y ai pris aucun plaisir mais mon "analyse" me permet de vous dire, à vous amateurs de P.T. Anderson, allez voir ce film, vous serez vernis : longs plans savamment arrangés, situations embarrassantes, personnages plus que "borderline", une bande son omniprésente et évidemment des histoires "de cul", composent The Master.

Le Mot du Comte : 3,5/5
La première chose qui frappe avec "The Master", c'est sa puissance formelle. Puissance des images et sécheresse de la mise en scène (très peu découpée, parfois réduite à de simples champs/contrechamps). Puissance du jeu de Philip Seymour Hoffman, totalement en opposition avec celui de Joaquin Phenix, qui frôle parfois la singerie.
Le face à face de ces deux personnages est passionnant. La plongée dans "La Cause", allégorie de l'église de Scientologie, attise vraiment la curiosité et certaines séquences (le plus souvent, leurs confrontations) sont très intenses. La scène du désert à moto est d'ailleurs très riche en symboles et, encore une fois, en puissance.
Hélas, on se demande parfois : a quoi bon? Pourquoi Anderson raconte-il cette histoire? Si "There will be blood" possédait un regard cruel et ironique sur son personnage (qui suivait d'ailleurs une trajectoire bien définie), il manque ici cruellement. La sécheresse de la mise en scène, au bout d'une heure et demie de film, la fait devenir rugueuse et certains la trouveront pompeuse. C'est dommage. Dommage également que "The Master" soit si long, faisant du dernier quart d'heure un moment pénible, écrasant et pas forcément utile au niveau de la narration. On ressort de "The Master" usé, avec l'impression (bonne ou mauvaise, cela dépendra) d'avoir été écrasé par une grosse botte de cuir. Mais dans quel but? On ne sait pas trop...

mardi 8 janvier 2013

DJANGO UNCHAINED

2h44 - Sortie le 16 janvier 2013

Un film de Quentin Tarantino avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, etc.
Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave qui peut l’aider à traquer les frères Brittle, les meurtriers qu’il recherche. Schultz promet à Django de lui rendre sa liberté lorsqu’il aura capturé les Brittle – morts ou vifs. Alors que les deux hommes pistent les dangereux criminels, Django n’oublie pas que son seul but est de retrouver Broomhilda, sa femme, achetée par un infâme esclavagiste, Calvin Candie.

La Moyenne des Ours : 4,1/5

La pensée de Juani : 3,5/5
L'histoire est divertissante (on ne sent presque pas les 2h44 de film, malgré quelques scènes un peu longues), l'ambiance western est respectée et intéressante ; les décors, costumes et l'humour sont honorables (les musiques, l'ironie de certaines situation ou les répliques de certains personnages valent le déplacement) mais Django Unchained reste un Tarantino donc il est truffé de violence gratuite, de giclées de sang, de projections de corps qui n'ont rien de réaliste (c'est flagrant quand Lara-Lee se fait tirer dessus, la façon dont elle est propulsée en arrière n'a rien de naturel  c'est pas le bon angle,.. Enfin bref !). Ajouté à ça, une redondance du personnage de Christoph Waltz - excellent - mais qui, dans l'attitude, la prestance et l'intelligence me fait un peu trop penser au SS Hans Landa d'Inglorious Basterds. Et pour terminer, le comble du mauvais gout, la scène que Tarantino se réserve pour interpréter un plouc qui se fait exploser par Django (désolée pour le spoiler mais je devait le préciser parce que ce petit plaisir qu'il se fait - son "final" - j'appelle ça de l'arrogance puisqu'il s'expose, fait de son personnage le centre de l'attention - donc il devrait savoir qu'on l'attend au tournant, et sa prestation n’est même pas convaincante). C’est le genre de truc qui passe mal !

L'Opinion de Tinette : 3,5/5
J'ai mis du temps après avoir vu le film à lui attribuer une note et à écrire cette mini-critique parce que je pense que c'est le genre de film qu'il faut savoir "digérer". J'en suis sortie, encore une fois, énervée... Parce que je trouve qu'il y a bien trop de violence gratuite et qui selon moi n'apporte rien au film, parce qu'on ne m'enlèvera pas de l'idée qu'il y a une prétention constante dans les films de Tarantino et parce que celui ci frôle parfois la parodie de son propre cinéma. Je n'aime pas les univers qu'il crée et ses scénarios ne sont pas à mon gout.
Alors pourquoi une bonne note comme celle ci ? Parce que je reconnais que ce réalisateur a une maîtrise parfaite de son cinéma. Ses plans sont tous réglés parfaitement, ils apparaissent tous au moment voulu, en interpellant mais sans jamais déranger. Il met dans Django Unchained un humour qui a réussi a me faire rire (contrairement a celui instauré dans ses autres films). Et par dessus tout j'admire chez Tarantino sa qualité à associer des scènes avec des musiques qu'on aurait jamais imaginé ici (mention spéciale pour un Rap de 2Pac et James Brown). Bien sur son choix des acteurs est parfait, Jamie Foxx impressionne ici alors que Christopher Waltz et Leonardo DiCaprio nous ont déjà habitués à leurs bons jeux. J'ai beaucoup aimé l'interprétation que fait Samuel L Jackson de son personnage.
Je pense que ça ne sert à rien de tartiner des lignes et des lignes puisqu'on a déjà tout lu sur ce film.
Pour les fans de Tarantino, un vrai régal je suppose. Pour les autres comme moi... Un des seuls films que je trouve intéressant et qui nous embarque malgré tout dans une belle aventure.

Le point de vue de Pépite : 4,5/5
Django Unchained est une vraie pépite cinématographique et probablement l'un des meilleurs films de ce début d'année 2013 (qui décidément s'annonce des plus excitantes !).
Après l'excellent Inglorious Basterds, Quentin Tarantino réitère et nous sert un film jouissif ultra-référencé montrant encore une fois qu'il est un vrai cinéphile. Ces dernières années, le genre Western a surtout été traité de façon référencée, avec des jeux de second degré (comme le très bon Le Bon, la Brute et le Cinglé du coréen Kim Jee-woon). On aurait pu croire que cette époque était révolue après le Western plus classique des frères Coen, True Grit, mais non ! Quentin Tarantino récupère le flambeau, et brûle toutes les comparaisons. Il dynamite littéralement le genre et en fait le sien. Car Django Unchained ne peut pas être rattaché à un autre réalisateur que Tarantino, c'est son film, sans aucun doute possible !
Il met en place un scénario précis révélant un jeu de références ludique et intelligent, tant au niveau "histoire du cinéma" (références au genre, codes du Western, etc.) qu'au niveau interne. Chaque réplique peut renvoyer subtilement à une autre et il suffit d'être un minimum attentif pour s'extasier devant la précision de ces renvois systématiques.
Mais n'ayez crainte ! Ce n'est pas un simple film "d'étude". C'est aussi, et avant tout, un film joussif où on "s'éclate" ! On est suspendus aux lèvres de Tarantino et à celles de Christoph Waltz (qui frôle la perfection) et on ne s'ennuie guère : les quelques moments de creux étant témoins de notre impatience quant à la suite des évènements. On assiste d'ailleurs à une "double-fin" : Tarantino joue les prolongations, et on comprend pourquoi ! Il doit aller au bout des personnages (notamment Django, nouveau mythe westernien) et au bout de l'histoire, chaque personnage et chaque intrigue étant utilisée à fond et avec sens.
Excellent. Jouissif. L'éclate... Bref, ne manquez pas LE film de ce début d'année 2013 !

Le Mot du Comte : 5/5
Épique. Tout comme "Inglourious Basterds", "Django Unchained" est épique. Quentin Tarantino joue ici une fois de plus avec l'Histoire pour la faire sienne. Il signe ici un western ludique, jouissif et unique. Après avoir abordé l'Holocauste, Tarantino se plonge ici dans les pages sombres de l'Histoire américaine (surprenant jeu de miroir) et garde la même idée que celle de son précédent film : l'importation d'un élément étranger dans un univers qui n'est pas le sien. S'il s'agissait bien sûr des Basterds, il s'agit ici (et c'est la meilleure idée du film) du Dr King Schultz, européen éclairé plongé dans la sauvagerie esclavagiste.
Dès les premières séquences, Christoph Waltz explose (son jeu de la langue et son phrasé régalent nos oreilles fascinées). Le vrai personnage principal du film, c'est lui. Il en est la caution morale. Django (Foxx), s'il est en premier lieu un motif de l'histoire, grandit et devient une nouvelle icône, incarnant un  renouvellement profond du genre westernien : avez-vous déjà vu un cowboy noir ? La mythologie du Mal esclavagiste (incarnée par DiCaprio, Calvin Candie de Candyland, à qui ce rôle de roquet frustré sied plutôt bien) est tout bonnement incroyable. Mais il n'est qu'une partie d'un duo, miroir à celui que forment Waltz et Foxx. Car le vrai bad guy du film, et le plus condamnable (car le plus immoral), est l'éminence grise de Candie, Stephen (Samuel L. Jackson) dont les dernières minutes (tout bonnement cultes) reflètent sa complexité et son intelligence. La science du Méchant.
Tarantino pousse la caractérisation de ses personnages jusque dans la maniaquerie (les jeux de mots qui ornent les dialogues sont exquis) pour notre plus grand plaisir. Certaines séquences sont de véritables leçons d'écriture : quel rythme, quels dialogues !
Et si certaines de ces mêmes séquences donnent l'impression qu'elles sont étirées, on se rend vite compte que chaque réplique, chaque pause, a son importance. L'ultime scène entre Schultz et Candie, chargée de tension et de surprises, est l'introduction d'une séquence qui restera dans les annales et dont la violence (jouissive et coupable, car on attendait ce paiement depuis bien longtemps) explose littéralement aux yeux. L'introduction du film (le générique) peut laisser perplexe, mais cette perplexité s'efface en cinq minutes, dès la première apparition de Waltz, qui ouvre le film, comme dans "Inglourious Basterds".
"Django Unchained", film classe et stylé (et stylisé à fond, on connaît le bougre) offre de grands moments. Qu'est ce qu'on s'amuse, qu'est-ce qu'on prend son pied ! Tarantino n'oublie pas de régaler aussi bien le cinéphile que le néophyte, élevant ainsi sa filmographie encore plus haut et gagnant une profondeur insoupçonnée qui, à mon sens, manque à ses premiers films. Une fois de plus, il balaye les ombres du passé (que ce soit celles du Western, celles de l'esclavagisme ou son propre passé filmique) en les explosant littéralement. Fascinant. Incroyable. Mythique.

dimanche 6 janvier 2013

GIMME THE LOOT

1h21 - Sortie le 2 Janvier 2013

Un film de Adam Leon avec Tashiana Washington, Ty Hickson, Zoë Lescaze
Malcom et Sofia sont de jeunes graffeurs qui arpentent les rues de New York pour couvrir de leurs noms les murs de la ville. Lorsque l’un de leurs tags disparaît sous un autre graffiti, les deux adolescents se lancent le défi de leur vie : tagguer la pomme géante du Shea Stadium.
Pour cela, une seule contrainte et pas des moindres: trouver les 500 dollars nécessaires pour que le gardien de nuit les fasse entrer incognito… Entre rivalités de gangs et petites combines, parviendront-ils à prendre leur revanche ?

Le point de vue de Pépite : 3/5
Gimme the loot sent le film réalisé avec des petits bouts de rien mais qui arrive finalement à quelque chose de très satisfaisant.
Le duo principal est très attachant, ainsi que le but qu'ils se fixent : tagguer la pomme géante des Mets. Finalement, celui-ci n'est pas si important que cela mais on les suit quand même dans leurs pérégrinations, dans leurs galères, dans leur monde fait de larcins, rackets, intimidations, langage ordurier et cynisme généralisé. Cynisme qu'ils souhaitent oublier mais qu'ils retrouvent lors de chaque rencontre et à chaque épreuve.
Le tout est relativement bien rythmé et mis en scène, dommage que l'image fasse autant "caméra DV" aux couleurs grisonnantes, ternes. Les personnages hauts en couleurs que nous présente Adam Leon auraient mérité un standing supérieur, mais ce standing est tenu au niveau de la ville : sale, caniculaire et poisseuse.
Premier long métrage néanmoins très prometteur !

LES INCONTOURNABLES UGC 2013 - CONSEILS D'OURS


Du 9 au 15 Janvier 2013

Les "Incontournables UGC" sont de retour, comme chaque année ! Ces séances de rattrapages permettent de voir ou revoir les films qui ont "marqué" l'année 2012, au tarif de 3€, dans les cinémas UGC. Les Ours décortiquent pour vous cette incontournable programmation.

Liste des films présentés :

1. Les Acacias de Pablo Giorgelli - sortie le 04/01
2. Louise Wimmer de Cyril Mennegun - sortie le 04/01 (1/5)
3. Take Shelter de Jeff Nichols - sortie le 04/01
4. The Descendants d'Alexander Payne - sortie le 25/01 (2,6/5)
5. Detachment de Tony Kaye - sortie le 01/02 (4/5)
6. La Taupe de Tomas Alfredson - sortie le 08/02 (3/5)
7. Bullhead de Michael R.Roskam - sortie le 22/02 (4,3/5)
8. Oslo 31 août de Joachim Trier - sortie le 29/02
9. Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot - sortie le 21/03
10. Barbara de Christian Petzold - sortie le 02/05
11. Margin Call de J.C Chandor - sortie le 02/05
12. Moonrise Kingdom de Wes Anderson - sortie le 16/05 (3,8/5)
13. De rouille et d'os de Jacques Audiard - sortie le 17/05 (4/5)
14. Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab - sortie le 30/05
15. Adieu Berthe, l'enterrement de Mémé de Bruno Podalydès - sortie le 20/06 (3,8/5)
16. La Part des anges de Ken Loach - sortie le 27/06 (4/5)
17. Du vent dans mes mollets de Carine Tardieu - sortie le 22/08 (2/5)
18. Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau - sortie le 05/09
19. Camille redouble de Noémie Lvovsky - sortie le 12/09 (1,7/5)
20. Les Saveurs du palais de Christian Vincent - sortie le 19/09 (1,5/5)
21. Amour de Michael Haneke - sortie le 24/10 (2,3/5)
22. Skyfall de Sam Mendes - sortie le 26/10 (3,5/5)
23. Argo de Ben Affleck - sortie le 07/11 (3,4/5)
24. Augustine d'Alice Winocour - sortie le 07/11 (2,5/5)
25. Rengaine de Rachid Djaïdani - sortie le 14/11 (3,3/5)
26. Thérèse Desqueyroux de Claude Miller - sortie le 21/11 (2,7/5)
27. Au-delà des collines de Cristian Mungiu - sortie le 21/11
28. Les Bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin - sortie le 12/12 (3,5/5)
29. Télé Gaucho de Michel Leclerc - sortie le 12/12 (3,3/5)

Pépite recommande notamment Take Shelter, Bullhead & Moonrise Kingdom.
Pépite ne recommande pas Camille redouble.
Pépite veut voir Monsieur Lazhar et revoir Moonrise Kingdom.


Le Comte recommande notamment Bullhead, Detachment & De rouille et d'os.
Le Comte ne recommande pas Camille redouble, Du vent dans mes mollets & Louise Wimmer.
Le Comte veut voir Les Adieux à la Reine et revoir La Part des Anges & Bullhead.


Juani recommande notamment De rouille et d'os, La part des Anges, Argo & Detachment.
Juani ne recommande pas Camille redouble.
Juani veut voir Bullhead, Take Shelter, Monsieur Lazhar.


Tinette recommande notamment Detachment, Argo & De rouille et d'os.
Tinette ne recommande pas The Descendants & La taupe.
Tinette veut voir Bullhead & La Part des Anges.

FOXFIRE, CONFESSIONS D'UN GANG DE FILLES

2h23 - Sortie le 2 Janvier 2013

Un film de Laurent Cantet avec Raven Adamson, Katie Coseni, Madeleine Bisson, Rachael Nyhuus, etc.
1955. Dans un quartier populaire d’une petite ville des États-Unis, une bande d’adolescentes crée une société secrète, Foxfire, pour survivre et se venger de toutes les humiliations qu’elles subissent. Avec à sa tête Legs, leur chef adulée, ce gang de jeunes filles poursuit un rêve impossible : vivre selon ses propres lois. Mais l’équipée sauvage qui les attend aura vite raison de leur idéal.

La Moyenne des Ours : 3,3/5

Le Mot du Comte : 3/5
Après "Entre les murs", Laurent Cantet signe avec "Foxfire" un film plus grand public et qui a la justesse de ne pas sombrer dans le trop politique criard (c'était un danger, car le terreau féministe s'y prêtait).
On suit avec plaisir les aventures de cette bande de jeunes filles dans l'Amérique des années 50, qui se dressent contre les harcèlement qu'elles subissent. On retrouve la marque de Cantet : caméra épaule et justesse des comédiens, ici quasiment tous amateurs.
Le personnage principal, Legs, est parfois agaçant, parfois caricatural dans sa volonté d'aller toujours plus loin, de se rebeller toujours plus et de ne se satisfaire de rien. Le scénario, qui dépeint l'ascension et l'utopie brisée du groupe "Foxfire", est assez entraînant, souffrant peut-être d'une trop grande linéarité et d'une voix off assez didactique. La petite communauté qui naît devant nos yeux procure parfois un plaisir jubilatoire : certaines scènes de "vengeance" sont de vraies pépites.
Par contre, le film est bien trop long et accumule des intrigues qui ne servent pas forcément la dramaturgie. Au bout d'une heure et demie de film, on perds un peu le fil et l'ennui n'est pas loin. Il semble y avoir au moins 20 minutes en trop. 
Autre défaut de ses qualités, la neutralité du propos est un peu frustrante. Cantet s'abstient de tout jugement moral, ne s'en tenant qu'aux faits. C'est un peu dommage, il aurait pu aller plus loin, comme il le faisait dans "Entre les murs", dont le final était assez cruel. 
"Foxfire" a beau être délicat, il manque un peu de combativité.

Le point de vue de Pépite : 3,5/5
Foxfire est la chronique réussie d'un gang de filles des années 50 mais qui a du mal à nous tenir en haleine tout au long de ses 2h23.
Niveau casting, Laurent Cantet s'est doté d'une distribution éclatante de nouveauté et de jeunes talents. De  la "chef" Raven "Legs" Adamson à la "jolie recrue" Rachael "Violet" Nyhuus en passant par la charmante "forte qui s'ignore" Madeleine "Rita" Bisson, on a tout un lot de plus ou moins fortes personnalités qui dominent l'écran.
Mais voilà, Cantet ne semble vouloir sacrifier aucun des personnages et aucun fait du gang. Certains de ces faits sont d'ailleurs assez peu compréhensibles : on ne suit plus les Foxfire. Cantet les aura probablement conservés parce qu'ils jetaient un regard sans concession et sans prise de parti sur ce gang à la légitimité relative, mais finalement la plupart alourdissent le propos et ralentissent le rythme.
On retiendra l'énergie des jeunes comédiennes, l'humour et la jubilation qui apparaissent ici et là notamment lors de certaines scènes de vengeances et cette idée d'évanescence des idées : la plupart des filles rentrent dans le rang, deux font de la prison, et deux s'évadent on ne sait où. L'une de ces deux filles rejoignant après, selon les rumeurs, l'Histoire avec un grand H, constituant un début de mystère et d'intrigue, comme un dernier soubresaut de l'histoire, avec un petit h, racontée par Cantet.

MANIAC

1h29 - Sortie le 2 janvier 2013

Un film de Franck Khalfoun avec Elijah Wood et Nora Arnezeder
Dans les rues qu'on croyait tranquilles, un tueur en série en quête de scalps se remet en chasse. Frank est le timide propriétaire d'une boutique de mannequins. Sa vie prend un nouveau tournant quand Anna, une jeune artiste, vient lui demander de l'aide pour sa nouvelle exposition. Alors que leurs liens se font plus forts, Frank commence à développer une véritable obsession pour la jeune fille. Au point de donner libre cours à une pulsion trop longtemps réfrénée - celle qui le pousse à traquer pour tuer.

La Moyenne des Ours : 1,5/5

Le Mot du Comte : 0,5/5
"Maniac", remake du film du même nom, ne frise pas, comme son modèle, le nanar. Il en est un. Un pur et un dur.
Si on passe outre le faible charisme d'Elijah Wood, qui campe un tueur dont on se fout éperdument (et oui, les fous au cinéma ne sont intéressants que lorsqu'ils sont intelligents), le spectateur tolérant pourra prendre plaisir à voir un tel déballage de violence trash. Violence de voyeuriste, car gadgétisée, utilisée pour faire joli et donner un tant soit peu de contenance à un film qui n'en a pas la moindre. Tout comme cette caméra subjective non assumée, rompue à tout bout de champ par des cuts, de changements d'axes, etc. On est loin de "Enter the Void", qui l'assumait à fond. Gratuité du procédé. 
La pauvreté du scénario fait écho à celle de la mise en scène qui, loin d'être inspirée, pompe ses ambiances et ses décors dans les années 80 (les rues de LA, le tueur à son volant observant ses victimes), allant même jusqu'à plagier "Drive" qui semble faire office de modèle (la musique du générique de fin est une pure copie de la musique du film de Refn). Et comme on est ici dans un catalogue référencé, Khalfoun trouve le moyen de caser "Goodbye Horses", la musique du tueur du "Silence des Agneaux". On a même droit, dans le reflet d'une voiture, à une redite de l'affiche du film original. Bravo. Et sinon y'a un film?
Hélas non, certaines séquences étant vides de tout enjeu (la scène dans les toilettes avec le copain de l'héroïne, qui se conclut, après deux lignes de dialogues, par un "that was a nice talk") tandis que d'autres sont tout bonnement ridicules, car usées maintes et maintes fois par le genre (la course-poursuite dans le métro par exemple). Niveau psychologie, c'est encore l'éternel traumatisme freudien : il tue car sa mère de tapaient des mecs! Brillant. Par contre, pourquoi scalpe-t-il? Parce que ça a un rapport avec son métier? C'est un peu faible. Le final du film sombre dans l'accumulation d'incohérences et, par conséquent, dans le grand-guignolesque.
"Maniac" en envoie plein la vue, certes, à coup de musiques grandiloquentes et d'images gores, par peur que le spectateur se rende compte qu'il assiste à du vide sidéral. J'ai évoqué plus haut que ce film était un nanar, je me trompais. Un nanar est drôle. "Maniac" est juste un mauvais film.

Le point de vue de Pépite : 2,5/5
Maniac est un nanar extrêmement fun à regarder. Certes on peut être très déçu de ce délire de cinéphile/ado attardé concocté par le trio Khalfoun/Aja/Langmann (le dernier moins cinéphile que renifleur de sous-sous), si on a vraiment des attentes. Mais Maniac est en fait le film parfait à programmer à la séance Panic ! Cinéma du Nouveau Latina, à toute autre séance de cinéma bis ou même à la séance de minuit du Festival de Cannes ! Oui, parce qu'on rit, on crie, on est choqué, on se moque des victimes et même du tueur, etc. C'est en cela que j'ai probablement plus aimé le film que Le Comte. Je l'ai vu dans un éclat de rire, loin de mon bloc note de critique, mais avec toute ma cinéphilie (classique et nanardienne). Maintenant, c'est à vous de voir !

samedi 5 janvier 2013

TOP 2012 DE PLOG MAGAZINE


Les ours ont vu plus de 200 films en 2012, dont vous avez peut-être lu certaines critiques. Le paysage cinématographique a vu cette année passer de bons films et d'autres aux qualités discutables...

Après les TOPS personnels de Juani, Tinette, Pépite et le Comte, nous vous avons donc concocté un petit classement "TOP 25" des films qui nous ont le plus plu cette année (accompagnés de leur "Moyenne des Ours") ainsi qu'un classement "FLOP 20" des films qui n'auraient probablement jamais du sortir en salles, selon les ours en tout cas... N'hésitez pas à relire nos critiques associées !

Classement réalisé avec les films vus par au moins 2 ours sur 4.

TOP 25 - 2012
- Bullhead de Michael R. Roskam (4,25/5)
- El Chino de Sebastian Borensztein (4,25/5)
- Millenium de David Fincher (4,13/5)
- The Dark Knight Rises de Christopher Nolan (4,13/5
- Take Shelter de Jeff Nichols (4,0/5)
- Detachment de Tony Kaye (4,0/5)
- De rouille et d'os de Jacques Audiard (4,0/5)
- La Part des Anges de Ken Loach (4,0/5)
- Holy Motors de Leos Carax (4,0/5)
- Dans la maison de François Ozon (4,0/5)
- La Chasse de Thomas Vinterberg (4,0/5)
- Moonrise Kingdom de Wes Anderson (3,83/5)
- Adieu Berthe de Bruno Podalydès (3,83/5)
- Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin (3,75/5)
- Starbuck de Ken Scott (3,75/5)
- Hasta la vista de Geoffrey Enthoven (3,75/5)
- 2 Days in New York de Julie Delpy (3,75/5)
- Les Saphirs de Wayne Blair (3,75/5)
- Savages de Oliver Stone (3,75/5)
- The Impossible de Juan Antonio Bayona (3,75/5)
- Les Lignes de Wellington de Valeria Sarmiento (3,75/5)
- Anna Karenine de Joe Wright (3,75/5)
- Perfect Sense de David MacKenzie (3,67/5)
- Tyrannosaur de Paddy Considine (3,67/5)
- Elle s'appelle Ruby de J. Dayton et V. Faris (3,67/5)

FLOP 20 - 2012
Ma première fois de Marie-Castille Mention-Schaar (0,25/5)
JC Comme Jésus Christ de Jonathan Zaccaï (0,25/5)
Peace, Love et plus si affinités de David Wain (0,3/5)
StreetDance 2 de Maw Giwa, Dania Pasquini (0,5/5)
Trois Mondes de Catherine Corsini (0,5/5)
Les Seigneurs de Olivier Dahan (0,8/5)
Il était une fois, une fois de Christian Merret-Palmair (0,83/5)
Sea, No Sex and Sun de Christophe Turpin (1/5)
- Kill List de Ben Wheatley (1/5)
La Colère des Titans de Jonathan Liebesman (1,1/5)
La Vérité si je mens ! 3 de Thomas Gilou (1,25/5)
LOL USA de Lisa Azuelos (1,25/5)
Projet X de Nima Nourizadeh (1,3/5)
Nous York de Géraldine Nakache, Hervé Mimran (1,3/5)
Sans Issue de Mabrouk el Mechri (1,5/5)
The Paperboy de Lee Daniels (1,5/5)
Mauvaise fille de Patrick Mille (1,5/5)
L'Homme qui rit de Jean-Pierre Améris (1,5/5)
- Sur la planche de Leila Kilani (1,5/5)
- John Carter de Andrew Stanton (1,7/5)

jeudi 3 janvier 2013

LE MONDE DE CHARLIE

1h43 - Sortie le 2 Janvier 2013

Un film de Stephen Chbosky avec Logan Lerman, Emma Watson et Ezra Miller
Au lycée où il vient d’arriver, on trouve Charlie bizarre. Sa sensibilité et ses goûts sont en décalage avec ceux de ses camarades de classe. Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige, pour les autres, c’est juste un "loser". En attendant, il reste en marge - jusqu’au jour où deux terminales, Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. Grâce à eux, il va découvrir la musique, les fêtes, l'amour… pour Charlie, un nouveau monde s’offre à lui.

La Moyenne des Ours : 3,5/5

L'Opinion de Tinette : 4/5 
J'ai vraiment mis beaucoup de temps à définir ce que j'ai pensé de ce film. C'est très étrange... Je ne lui ai trouvé aucun défaut à proprement parlé. Peut être quelques petites longueurs, mais aucun défaut direct, et pourtant je n'ai pas été transcendée par ce film. D'où la note. Il est techniquement très bon, j'ai été émue quelque fois, mais il manque ce petit quelque chose qui fait qu'il aurait eu plus. J'ai trouvé les personnages très bon et crédibles. Et j'ai surtout apprécié le fait qu'à aucun moment on ne trouve les clichés habituels sur les lycéens. J'ai été impressionnée par les interprétations des jeunes acteurs. Les trois principaux sont tout simplement géniaux, même Emma Watson et pourtant je n'y croyais pas. Logan Lerman m'a vraiment émue, il est capable de beaucoup de choses je pense. J'ai aimé la construction du film avec ses rapides flash back et ses épisodes de vie. Quelques répliques et scènes m'ont beaucoup fait rire, d'autres m'ont fait m'enfoncer dans mon siège et certaines m'ont émues.
C'est un film qui m'a donné envie de chanter "we are young" en sortant, un film qui m'a fait me souvenir de ces si belles années lycées, de notre innocence a ce moment là, des rêves qu'on avait... C'est un film qui malgré tout m'a fait regretter ces années là.
Un film à voir, à digérer surtout. Si le thème ne vous attire pas, allez au moins le voir pour la BO qui frôle la perfection.

Le point de vue de Pépite : 4,5/5
Le Monde de Charlie est un film touchant et juste qui nous fait rentrer avec humour, finesse et délicatesse dans ce monde de Charlie, dominé par une galerie de personnages géniaux.
L'adaptation d'un roman pour le cinéma est un sujet très sensible. Combien de fois avons-nous vu des ouvrages de littérature détruits par leurs mises en image ? Le cas du Monde de Charlie est particulier : l'auteur de l'adaptation est la même personne que l'auteur du roman, premièrement, mais est surtout le réalisateur ! Stephen Chbosky n'en est pas à sa première incursion dans le cinéma (il est scénariste, producteur, a déjà réalisé, etc.) et adapte ici son propre roman, The Perks of Being a Wallflower.
N'ayant pas lu l'ouvrage en question, je ne sais pas si les fans se retrouveront dans l'adaptation. Mais, ce qui est impressionnant, c'est que Stephen Chbosky ait su dépassé son livre (qu'il avait du trouver "satisfaisant" j'imagine au moment de la publication) pour réaliser ce beau film réussi.
On est transportés pendant 1h43 dans une histoire touchante à laquelle on s'abandonne facilement. Le montage efficace, la mise en scène toujours pertinente, la photographie intemporelle (l'histoire aurait aussi bien pu avoir lieu à n'importe quelle époque) et la musique empathique sont honorés par un casting intelligent et inspiré.
Ezra Miller est excellent et continue de suivre une carrière atypique et agréablement surprenante. Il est la bouffée d'air frais du film, ce qui ne l'empêche pas non plus d'apporter un lot important d'émotion. Emma Watson trouve ici également un nouveau rôle qui, après celui dans My week with Marilyn, marque efficacement la césure après l'aventure Harry Potter. Le reste du casting est également très bon et en phase avec l'histoire racontée (Paul Rudd est extrêmement sympathique dans le rôle du professeur de Lettres), mais c'est surtout le jeune Logan Lerman qui nous surprend par l'étendue insoupçonnée de ses talents.
Ultimate Game, Percy Jackson ou le mauvais Les Trois Mousquetaires ne pouvaient donner à ce comédien de 20 ans tout l'espace dont il avait besoin semble-t-il pour se développer, parce qu'ici dans Le Monde de Charlie, il crève  littéralement l'écran. La fragilité, la sensibilité et l'intelligence du personnage de Charlie sont cristallisées à la perfection dans son jeu : il est Charlie et il vit ce qu'il vit.
Le Monde de Charlie est un film qui parle de l'enfance, du passage à l'âge adulte, de l'amitié, de l'homosexualité, des apparences, de la société, etc., bref de beaucoup de choses, ce qui jamais n'alourdit l'histoire.
Le film de Stephen Shbosky a le mérite de s'adresser à toutes les générations comme s'il ne s'adressait qu'à une seule, intemporelle, l'adolescence. Je ne sais pas s'il pourrait devenir un film culte, mais il le mériterait, et  il constitue sans aucun doute la très agréable surprise de cette nouvelle année cinématographique.

Le Mot du Comte : 1/5
Un des problèmes du "Monde de Charlie" est qu'il prend simplement son spectateur pour un abruti, n'hésitant pas à souligner à chaque fois l'évidence, à lui expliquer la simplicité, ou alors -et c'est plus grave, à le manipuler de la plus immonde des manières.
Explicatif, par cette voix-off omniprésente et sans malice du personnage de Lerman (qu'on a tout bonnement envie d'égorger à la fin du film), première personne probablement héritée du roman d'origine. Confusion entre littérature et cinéma donc.
"Le Monde de Charlie" est un film plat, dénué de tout relief et de toute forme de dramaturgie. Heureusement que l'année scolaire (le film suit Charlie de la rentrée aux grandes vacances) est temporellement structurée ! Ici, situation après situation, vacances après vacances et fêtes après fêtes (on se tape Noël et le nouvel An, dépeignant par ailleurs une image de la famille américaine sortie des brochures du Tea Party), les personnages en carton (sauf Ezra "Patrick" Miller et Logan "Charlie" Lerman, soyons généreux) batifolent dans le royaume du kitsch et du rétro, abondamment appuyé par une photographie veloutée et usée. Rien ne se passe dans cette chronique américaniste qui se regarde le nombril. Heureusement que les personnages ne sont pas hostiles et qu'Ezra Miller (le seul a posséder de bons dialogues) est (toujours) intéressant à regarder.
Mélo, fleur bleue et phrases toute faites ("On accepte l'amour qu'on croit mériter", répétée au moins 3 fois dans le film) se succèdent sans la moindre émotion. Car l'émotion est paralysée, annoncée, surlignée par des chansons (la scène du tunnel, avec voix-off et "We can be heroes" de Bowie, déjà deux éléments sonores qui soulignent ce qu'on voit) et des moments clippesques (la scène la plus ridicule reste celle où Watson et Lerman regardent... les étoiles, et où ce dernier s'allonge dans la neige et fait... attention au choc... des ailes d'anges). 
Il y a peut-être une scène drôle (bon, disons deux) dans le film. Les élèves du lycée sont tous très caricaturaux (le populaire, la brute, l'intello, le gay marginal, répétant les schémas déjà milles fois vus dans les sitcoms) et ce microcosme si américain nous reste très étranger. 
D'une lâcheté sans nom, le dernier quart d'heure du film (où l'on apprend le secret de Charlie) relève de la plus infâme des manipulations et justifie l'heure et demie de platitude qui précède. Cette révélation glauque sort de nulle part et trahit, ce que le spectateur pouvait conclure du passé de Charlie, les éléments disséminés s'y prêtant. "Le Monde de Charlie" s'apparente surtout à un monde de l'ennui, où tout est doux, fade et pré-mâché.

La note de Juani : 4,5/5

mercredi 2 janvier 2013

LA STRATÉGIE DE LA POUSSETTE

1h30 - Sortie le 2 janvier 2013

Un film de Clément Michel avec Raphaël Personnaz, Charlotte Le Bon et Jérôme Commandeur.
Thomas a laissé partir Marie, à force de ne pas s'engager. Un an plus tard, toujours inconsolable, il se retrouve avec un bébé sur les bras. Il va se servir de cet enfant pour reconquérir la femme de sa vie...

La Moyenne des Ours : 2,6/5

La pensée de Juani : 2,5/5
Un peu déçue. Quelques scènes qui m'ont fait rire mais je m'en suis vite remise ! Certaines scènes qui sonnent faux selon moi, comme la "révolte" de Camélia Jordana, ou toutes les répliques de Charlotte Le Bon, entre autres. Mais bon, ce grand enfant qui galère avec les responsabilités et fini par s'attacher à ce bambin, c'est touchant. Ne pas en attendre plus cependant.

L'Opinion de Tinette : 3/5
Très franchement, je m'attendais à pire. Alors oui dans l'ensemble, c'est très prévisible et pas tellement crédible. En même temps, quand on va voir une comédie romantique on le sait (ou sinon on n'y vas pas !). Et là pour une fois, le film tient le pari d’être une comédie. J'ai vraiment ri, pour de vrai et pas qu'une fois. En dehors du romantisme évident de ce film, il est plein de scènes comiques (mettez un trentenaire avec un bébé de 4 mois, ça ne peut qu'être drôle). La relation du personnage principal avec l'enfant devient même attachante, touchante. Personnaz incarne parfaitement ce faux papa perdu dans la vie. Camélia Jordana et Jerome Commandeur font de très bons seconds rôles sans en faire trop. Mon seul problème au niveau du casting est Charlotte Lebon qui pour moi manque cruellement de justesse. On lui pardonne, c'est son premier rôle, mais tout de même.. J'ai cru voir une jeune Audrey Tautou, sans son talent. Pour ce qui est de la mise en scène, de la photo et du cadrage, rien de particulier. Mention spéciale a l'une des premières séquences du film : l'histoire du jeune couple représenté par la montée des 5 étages pour arriver jusqu’à leur rupture.
Un film loin d'être inoubliable, mais un très bon moment dans l'ensemble. Une petite comédie qui mérite d'être vue.

Le Mot du Comte : 2,5/5
"La Stratégie de la Poussette" est un film frustrant. Frustrant, car cette comédie possède le défaut que beaucoup de comédies possèdent : elle ne va pas assez loin. Si certaines situations sont fines et certaines scènes bien écrites, les éclats de rire sont trop rares, la faute à un rythme trop inégal et à un propos trop dissimulé. Le terreau est pourtant fertile et les éléments présents : que ce soit ce génial chanteur de variétés pour bébés ("Arc en ciel, arc dans le ciel", interprété par Clément Michel) ou l'association bobo-écolo des "Bébés Bonheur". Les éléments sont là, et rien ne se passe. 
Le premier quart d'heure du film est assez catastrophique, on ne sait pas dans quelle direction on va ; c'est assez artificiel, malgré les bonnes volontés de Raphaël Personnaz (dont le jeu corporel possède une véritable grammaire comique) et de Charlotte Le Bon. Les personnages ont l'air prêts à exploser mais ne le font jamais, ils restent bien trop pudiques. Jérôme Commandeur non plus, la force de son comique résidant principalement dans le talent d'écriture de Clément Michel, qui ne va pas jamais assez loin, aussi bien dans ses situations que dans ses dialogues (par exemple : pourquoi est-il professeur de tennis?) Un tel sous-emploi se résume en deux mots : quel dommage ! La traditionnelle scène d'engueulade entre les deux amis (moment scénaristique quasi incontournable dans la comédie) est par contre trop sévère, le personnage de Personnaz se montre particulièrement odieux et cruel et ce, sans véritable raison. 
"La Stratégie de la Poussette" est assez mou, heureusement que les comédiens mettent du coeur à l'ouvrage, et rendent le moment agréable. On attendait plus et plus fort de ce premier film. A suivre.

Le point de vue de Pépite : 2,5/5
La Stratégie de la Poussette est une comédie bancale mais sympathique, notamment grâce à Raphaël Personnaz.
Tout le long du film de multiples scènes donnent envie d'arrêter la projection. Le dernier film de Clément Michel sera probablement le parfait prototype du DVD que l'on met et qu'on arrête plusieurs fois. Cela est du au fait que les transitions scénaristiques semblent souvent forcées. On rit parfois, Personnaz étant extrêmement "charmant" et sympathique et certaines scènes étant vraiment drôles et cocasses. Mais le reste du temps on n'est pas vraiment tenus en haleine, ni particulièrement intéressés par l'histoire de Thomas. Niveau mise en scène, il y a quelques bonnes idées (notamment la montée des étages de l'immeuble symbolisant l'avancée du couple) mais elles sont souvent gâchées par un essoufflement généralisé du scénario : que d'éléments sous-exploités ! On a parfois vraiment l'impression que quelqu'un est venu chuchoter à Clément Michel "Tu dois faire ça comme ça, et ça comme ça", ce qui donne des scènes qui sortent un peu de nulle-part, tentatives de remise en rythme vaines et poussives.
La Stratégie de la Poussette est un film sympathique et drôle mais on l'aura rapidement oublié, dommage. Raphaël Personnaz par contre, on ne l'oubliera pas !

RENOIR

1h51 - Sortie le 2 janvier 2013

Un film de Gilles Bourdos avec Michel Bouquet, Christa Théret, Vincent Rottiers, etc.
Au crépuscule de sa vie, Auguste Renoir est éprouvé par la perte de son épouse, les douleurs du grand âge, et les mauvaises nouvelles venues du front : son fils Jean est blessé… Mais une jeune fille, Andrée, apparue dans sa vie comme un miracle, va insuffler au vieil homme une énergie qu’il n’attendait plus. Éclatante de vitalité, rayonnante de beauté, Andrée sera le dernier modèle du peintre, sa source de jouvence. Lorsque Jean, revenu blessé de la guerre, vient passer sa convalescence dans la maison familiale, il découvre celle qui est devenue l’astre roux de la galaxie Renoir. Et dans cet éden Méditerranéen, Jean va aimer celle qui, animée par une volonté désordonnée, insaisissable, fera de lui, jeune officier velléitaire et bancal, un apprenti cinéaste…

La Moyenne des Ours : 1,7/5

Le Mot du Comte : 3,5/5
"Renoir" est un film doux, lumineux et voluptueux, portrait d'un maître peintre et de la relation qu'il entretient avec son monde (et son fils) dans les dernières années de son existence.
Une des forces du film est de réussir à transporter son spectateur dans une bulle, celle de la résidence des Renoir. Une bulle de paix, semblable à un doux rêve : Bourdos berce son spectateur avec des plans jamais fixes, mais jamais vifs (il y a là une grande maîtrise des travellings et du steadycam), le tout porté par la fine musique d'Alexandre Desplat, qui s'intègre parfaitement à l'ensemble, sans grandiloquence, mais parfois aussi sans grande subtilité (surtout les morceaux au piano).
Le film ne manque pas de symboles (certaines séquences sont un vrai régal pour une analyse), qui tendent à porter le film vers autre chose que de la simplicité, mais le fait parfois avec un peu de lourdeur.
Michel Bouquet est adorable en Auguste Renoir rongé par la maladie. Pas toujours aimable certes, mais toujours tendre. Thomas Doret (souvenez vous, l'insupportable "Gamin au Vélo" des Dardennes) transforme son petit rôle en quelque chose de véritablement surprenant (ne serait-ce que par son regard instable), un grand acteur en devenir.
Le couple formé par Théret et Rottiers est également très attachant. Théret elle même, à un niveau de sensualité jamais vu, incarne à merveille la douceur des coups de pinceaux de Renoir père.
Ce que l'on peut reprocher au film est de pencher vers le portrait et la chronique plus que vers une véritable dramaturgie. L'impression qui se dégage de ce choix scénaristique fait que parfois, le temps semble un peu long. Le défaut de sa qualité donc, celle de prendre le temps de montrer les choses.
Bourdos réussit cependant à ne pas diluer son spectateur dans les angoisses et les méthodes du peintre du flou, déployant à son tour (par ses images) une étonnante palette de couleurs, jamais trop vives, jamais trop ternes. "Renoir" est un film inspiré, baigné de lumière, de douceur et de quiétude. Cela fait du bien.

La note de Juani : 1/5
La note de Tinette : 0,5/5

UN PRINCE (PRESQUE) CHARMANT

1h28 - Sortie le 9 Janvier 2012

Un film de Philippe Lellouche avec Vincent Perez, Vahina Giocante et Jacques Weber.
Jean-Marc, quadra carriériste et pressé ne cherchant qu’à satisfaire ses intérêts personnels, va croiser malgré lui la route de Marie. Tout oppose cet homme d’affaire et cette jeune femme éprise de liberté et de justice. Ces deux là n’auraient jamais dû se rencontrer et pourtant la vie en a voulu autrement.

La Moyenne des Ours : 0,5/5

La pensée de Juani : 0.5/5
Je suis pas si dure habituellement, mais là c'est vraiment du foutage de gu***e. Un flot de bons sentiments, un road movie mal assumé et des rencontres abracadabrantes (les "gypsies" notamment) qui nous arrachent parfois un sourire mais il est très dur d'arriver au bout de l'heure et demie de film. Désolée Philippe !

Le point de vue de Pépite : 1/5
Un Prince (presque) charmant a un début presque charmant, avant que clichés et facilités scénaristiques ne viennent tout plomber.
Non, franchement, au début, je commençais à adhérer : Vincent Perez odieux, le contexte de la France paralysée, le message social subtil, etc. C'est la preuve qu'au départ le pitch du film n'est pas mal. Mais ensuite, chaque élément va être passé au travers d'un filtre "navet cliché" (tout nouveau filtre, livré avec Final Cut Pro 10 Version Collector "Comédie Romantique Française"). 
Tout le potentiel contenu dans le pitch et dans la situation initiale sera en effet gâché. Le collègue de Vincent Perez semble embêté d'annoncer à un patron de PME qu'il va devoir délocaliser, mais ensuite il profite pleinement d'une soirée "putes" avec des bulgares... La signature de leur tout nouveau contrat avec les bulgares va mettre en danger ce même-collègue, Perez va devoir lui céder 5% de parts... Cette histoire sent très mauvais, mais ce n'est en fait pas exploité du tout ! 
Vahina Giocante est certes vraiment charmante. Mais même elle ne peut rien face à un scénario qui accumule les facilités scénaristiques...
En bref, Un Prince (presque) charmant est une mauvaise comédie romantique / mauvais road movie (l'utilisation de la voiture électrique de Renault n'étant là que pour leur offrir une publicité de 1h30, en témoignent les nombreux sièges qui étaient réservés aux pontes de Renault à l'avant-première...) qui pourtant partait avec un pitch sympathique... 
À éviter, alerte à l'un des pires films de l'année 2013 (déjà !)...

Le mot du Comte : 0/5
Allons droit au but, "Un Prince presque charmant" est un film médiocre, l'un des pires films français qu'il m'ait jamais été donné de voir (la concurrence est pourtant rude). Luc Besson, qui signe ici un scénario plat et creux (sans blague), ne prends même plus la peine de dissimuler un tant soit peu son manque de scrupule. Il livre avec ce film un spot publicitaire d'une heure et demie, dont l'histoire est prétexte à satisfaire Renault (qui a sûrement dû investir beaucoup d'argent dans cette mascarade) : ce sont eux les vrais gagnants, puisqu'ils héritent ici d'une publicité à peine déguisée pour leur modèle électrique Zoé (présente dans au moins 50% des plans du film).
Philippe Lellouche se soumet à cette calamiteuse logique mercantile, entraînant dans sa chute Vincent Perez (qui n'a jamais été aussi piteux) et Vahina Giocante, qui se débattent avec les semblants de personnages (et les semblants de dialogues) qu'ils ont à incarner. Absolument aucune émotion (si ce n'est le rejet et le dégoût) ne se dégage de ce film vendu comme un film tendre, humble et simple (alors qu'il est en réalité insipide, bling-bling et d'un simplisme outrancier).
Lellouche donc, esclave de cette logique mercantile abjecte, renonce ici à toute créativité, signant un film laid, cliché, attendu et outrageusement vide. Rassurons-le, il ne tombera pas plus bas. Le cinéma français non plus, car il sera dur de détrôner "Un Prince presque charmant", qui occupe déjà avec quasi-certitude la place de film français le plus mauvais de l'année 2013. Bel exploit que celui de s'imposer ainsi dans la médiocrité, et ce, en seulement 9 jours ! Moralité : si l'argent achète tout, il n'achète certainement pas le talent. A fuir.